Pour une Europe unie des travailleurs

Submitted by AWL on 27 June, 2004 - 5:45

Contre les europhobes et contre les capitalistes européens !
Par Sean Matgamna.

Il y a deux lignes fondamentales qui s’offrent au mouvement ouvrier face à l’Union européenne.

La première est de partir de ce que la bourgeoisie a créé et d’unifier la classe ouvrière à travers l’Europe pour combattre la bourgeoisie sur un programme de réformes sociales et démocratiques, pour aller vers la transformation socialiste par une révolution prolétarienne à l’échelle européenne.

Une telle approche n’implique pas de soutenir ce que les capitalistes et leurs serviteurs font, ou la façon dont ils le font. Par contre, cela nous engage à opposer des mesures en faveur des travailleurs à l’échelle européenne face au système de la bourgeoisie.

Et cela nous engage en faveur de l’unité européenne et nous oppose politiquement à tous ceux qui soutiennent qu’il faut briser l’Union européenne et implicitement soutenir le retour au vieux système banqueroutier depuis longtemps des Etats nationaux bourgeois.

La réponse alternative au caractère bourgeois du processus existant d’unification européenne est de soutenir la régression à une étape précédente et dépassée du règne de la bourgeoisie : l’ère des Etats nationaux européens en compétition et parfois en guerre entre eux. Bien que parfois cette option présente un caractère d’une auto-défense ouvrière, cette politique est réactionnaire. Elle rompt avec les meilleures traditions du mouvement ouvrier et du marxisme.

L’unification de l’Europe a été une politique de la gauche du mouvement ouvrier longtemps avant que la moindre tentative d’unification ne devienne la politique de la bourgeoisie dirigeante. Trotsky avait lancé l’appel pour des Etats Unis d’Europe au milieu de la Première guerre mondiale. En 1923, au moment de l’occupation française de la Ruhr, en Allemagne, l’IC avait adopté le mot d’ordre des Etats Unis Socialistes d’Europe.

Les marxistes, dont Trotsky, ont correctement écarté la fragile perspective bourgeoise des années 20’ d’une Europe unie capitaliste comme étant une perspective utopique. Il a fallu la Seconde guerre mondiale, la destruction d’une large partie de l’Europe, et la menace sur le long terme de la conquête de l’Europe Occidentale par l’URSS pour que la quasi-unification bourgeoise de l’Europe devienne possible.

A cause des séries successives de défaites du mouvement ouvrier, nous n’avons pas des Etats unis Socialistes d’Europe soutenus par des socialistes révolutionnaires mais, au contraire, le système bureaucratique quasi-démocratique de l’Union Européenne des bourgeoisies.

Les socialistes d’aujourd’hui doivent partir de cela. Nous ne pouvons pas partir d’une autre base. Historiquement, la fusion des peuples et des états est l’une des grandes réalisations progressistes du capitalisme. Mais, comme avec l’actuelle « globalisation », même la part progressiste du développement capitaliste se fait d’une façon inhumaine, destructrice - en un mot, d’une façon bourgeoise.

La bourgeoisie a industrialisé la plus grande partie de l’Europe au 19ème siècle. Sur le long terme, elle a créé les pré-conditions du socialisme – un haut niveau de productivité du travail, ainsi que la possibilité de l’abondance pour tous et celle de l’élimination des classes dirigeantes et de l’exploitation de classe. Dans la vie quotidienne de millions d’êtres humains, elle a créé des enfers industriels et des banlieues pourries. Elle a mis en pièces les vieilles protections du peuple travailleur. Une nouvelle technologie pionnière, celle de l’industrie cotonnière britannique, a été rendue profitable pour les rois du coton en leur permettant d’obtenir la matière première, pour alimenter les chaînes de production sur lesquelles étaient employés des femmes et des enfants aux salaires d’esclave dans les usines cotonnières, et par le moyen de l’esclavage des noirs aux USA.

Certains des premiers travailleurs rebelles et des observateurs bien intentionnés voulaient « annuler » l’industrialisation et revenir à une étape historique antérieure. Décrivant de telles idées dans le Manifeste communiste, Marx et Engels ont proposé à leur place que les travailleurs devaient, sur le court terme, s’organiser pour se défendre par eux-mêmes, et sur le long terme, viser à conquérir le pouvoir politique pour prendre le contrôle de la société industrielle, l’humaniser et utiliser ce que l’ère capitaliste de l’histoire avait réalisé comme base à partir de laquelle bâtir une société socialiste. Il n’y avait pas d’autre voie pour bâtir une société humaine sous contrôle des travailleurs, que celle partant des réalisations économiques du capitalisme : le socialisme est, dans l’histoire, l’enfant de la société bourgeoise. Aucun autre socialisme n’est possible.

Le Manifeste communiste établit l’approche ouvrière basique envers la société bourgeoise et son développement – simultanément combattre pour l’autodéfense ouvrière et sur le long terme, bâtir à partir de ses réalisations.

Les socialistes dans la tradition de Marx combattent la bourgeoisie au sein de son système, dirigent la lutte de la classe ouvrière pour les droits sociaux et syndicaux, pour les droits démocratiques les plus complets, et en dernier ressort pour le renversement du capitalisme et son remplacement par le socialisme. Nous ne connaissons qu’une seule forme viable d’anti-capitalisme : la conquête du pouvoir politique par la classe ouvrière et la transformation du capitalisme avancé en commencement du socialisme.

Toute autre perspective est de l’anti-capitalisme réactionnaire, sous la forme confuse d’une orientation utopique pour revenir à des stades historiques antérieurs dont est issu le capitalisme.

Fondamentalement, les mêmes questions ont surgi au début du 20ème siècle. L’impérialisme embrassait le monde entier. Les grands trusts et les cartels, alliés avec des états puissants, pour rivaliser avec d’autres états et leurs industries pour les marchés et les colonies. En réponse, il apparut un mouvement bourgeois et petit-bourgeois contre ces manifestations « inacceptables » du développement capitaliste.

Des propositions furent faites pour briser les industries géantes, pour défaire ce que l’évolution organique du capitalisme avait réalisé. En Amérique, de telles idées aboutirent à des lois, et la Standard Oil fut découpée en morceaux – la plupart d’entre eux deviendront des firmes géantes. Il n’était pas possible, même si cela était désirable, de rembobiner le film du développement capitaliste.

Lénine, Luxembourg et Trotsky et toute leur génération des marxistes révolutionnaires ont raillé ces idées des « briseurs de trusts » et ont dénoncé leurs programmes comme étant une aspiration utopique petite-bourgeoise à « arrêter » le capitalisme à un stade depuis longtemps dépassé, de façon à ne jamais repartir en avant. Lénine voyait dans le gigantisme de l’organisation capitaliste une œuvre potentiellement progressiste d’intégration et d’organisation sociales : la réponse à son caractère capitaliste, brutal et exploiteur, était dans la conquête du pouvoir politique par les travailleurs, et dans l’expropriation de la bourgeoisie pour prendre le contrôle de l’économie afin de la soumettre à un contrôle ouvrier rationnel et humain.

Dire que, comme le font certains, maintenant que le socialisme est possible, alors le capitalisme est complètement réactionnaire et que l’on doit s’opposer à sa tentative d’unifier l’Europe, est à la fois absurde et sectaire.

Qui sait ce qui est vrai ? Le capitalisme n’est pas encore dans une impasse mortelle : par exemple, la révolution de la puce électronique et du microprocesseur sur les dernières décennies a réalisé un immense apport de l’ère capitaliste au pouvoir de l’humanité sur la nature et pour le potentiel de maîtrise de ses propres affaires sociales pour la bourgeoisie. Ceci et d’autres avancées technologiques contemporaines seront pris en main par la classe ouvrière, qui se développe avec et au sein du capitalisme et de ses technologies en constante transformation.

Le capitalisme continue de se développer et, à sa propre façon bourgeoise, continue de socialiser la production. Il continue de créer la base matérielle pour le socialisme.

L’Union européenne représente un développement capitaliste nécessaire. Elle n’est réversible uniquement qu’à travers une régression au chaos économique et probablement la guerre. Les socialistes ne peuvent pas proposer de rembobiner le film de l’histoire en arrière, ni vouloir faire régresser l’Europe au vieux système « balkanisé » des états bourgeois et des alliances antagonistes.

La voie pour aller de l’avant est celle d’une campagne ouvrière pour démocratiser celle-ci, et pour une campagne ouvrière à l’échelle européenne pour des Etats Unis Socialistes d’Europe. Nous saisissons l’opportunité d’unir la classe ouvrière européenne ; nous proposons que la classe ouvrière établisse l’objectif de la création d’une Europe pleinement démocratique, du renversement de la bourgeoisie et de la création des Etats Unis Socialistes d’Europe.

Une campagne ouvrière à l’échelle de l’UE pour une telle transformation démocratique aiderait à montrer aux travailleurs leur immense force et les convaincrait de la faisabilité d’une telle transformation sociale radicale.

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